Qu'est-ce que le Certificado de Ahorro Energético (CAE) ?
Le CAE (Certificado de Ahorro Energético) est un document électronique attestant qu'une action de rénovation ou de modernisation a permis de réaliser une économie d'énergie finale réelle. Contrairement au système français où l'unité de référence est le kWh cumac (l'énergie économisée cumulée sur la durée de vie de l'équipement et actualisée financièrement), le système espagnol retient une logique plus directe : 1 kWh économisé sur un an équivaut à 1 CAE.
Ce marché a été instauré pour
permettre à l'Espagne de tenir ses engagements pris au titre de la directive
européenne relative à l'efficacité énergétique. Il s'inscrit dans le cadre plus
large du Fondo Nacional de Eficiencia Energética (FNEE), un fonds
national alimenté par les fournisseurs d'énergie et destiné à financer des
actions d'économies d'énergie sur tout le territoire.
Un peu d'histoire : du FNEE (2014) au CAE (2023)
Le principe d'une obligation
d'économies d'énergie en Espagne ne date pas de 2023 : il trouve son
origine dans la Ley 18/2014, qui a créé le Sistema Nacional de
Obligaciones de Eficiencia Energética (SNOEE) et le FNEE, en transposition de
la directive européenne 2012/27/UE. Ce n'est qu'avec le Décret royal (RealDecreto) 36/2023, du 24 janvier 2023, qu'une alternative concrète au FNEE a
été introduite : les sujets obligés peuvent désormais couvrir tout ou
partie de leur obligation annuelle en achetant des CAE plutôt qu'en contribuant
financièrement au fonds.
Ce dispositif s'inscrit dans une
trajectoire ambitieuse : alors que l'Union européenne vise 32,5 %
d'amélioration de l'efficacité énergétique d'ici 2030, l'Espagne s'est fixé,
dans son Plan national intégré énergie-climat (PNIEC), un objectif national de 39,5
% sur la même période. Le système CAE est l'un des leviers mobilisés pour y
parvenir.
Le tableau ci-dessous résume les
principales différences avec le dispositif français, pour les lecteurs déjà
familiers des CEE :
|
Critère |
CEE
(France) |
CAE
(Espagne) |
|
Année de création |
2005 |
2023 |
|
Unité de valorisation |
kWh cumac (actualisé, cumulé sur la durée de vie) |
kWh économisé sur 1 an (non actualisé) |
|
Acteurs obligés |
Fournisseurs d'énergie (« Obligés ») |
Commercialisateurs de gaz/électricité, opérateurs
pétroliers (« sujetos obligados ») |
|
Fonds de compensation |
Aucun fonds centralisé équivalent |
Fondo Nacional de Eficiencia Energética (FNEE) |
|
Part maximale échangeable via certificats |
Pas de plafond réglementaire de ce type |
92 % de l'obligation en 2026 (le reste via contribution au
FNEE) |
Comparatif simplifié entre les deux dispositifs, à titre pédagogique. Sources : MITECO, BOE-A-2026-4522.
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Qui sont les acteurs de ce marché ?
Le système CAE repose sur sixcatégories d'acteurs, chacune ayant un rôle bien défini.
●
Les sujetos obligados (sujets obligés) :
commercialisateurs de gaz, d'électricité et opérateurs de produits pétroliers,
soumis chaque année à un objectif national d'économies d'énergie.
●
Les sujetos delegados (sujets délégués) :
intermédiaires, souvent des bureaux d'ingénierie, qui gèrent la génération de
CAE pour le compte des obligés.
●
Les propietarios de ahorros (propriétaires des
économies) : entreprises du tertiaire, industriels, agriculteurs, transporteurs
ou copropriétés qui réalisent les travaux et peuvent revendre les certificats
générés.
●
Les vérificateurs accrédités ENAC : organismes
indépendants chargés de valider que l'action a bien été réalisée, que le
dossier est conforme, et que l'économie d'énergie déclarée correspond à la
réalité mesurée.
●
L'utilisateur final ou bénéficiaire : personne
physique ou morale qui, en tant que propriétaire, locataire ou occupant des
installations, bénéficie de l'action d'efficacité énergétique réalisée.
●
Le Coordonnateur National du Système CAE :
organisme administratif rattaché au ministère, chargé d'assurer le bon
fonctionnement du système au niveau national (validation des dossiers, tenue du
registre).
.
Pourquoi ce dispositif intéresse-t-il autant
les entreprises ?
Chaque année, un arrêté
ministériel — comme l'Orden TED/133/2026 pour l'année en cours — fixe
l'objectif national d'économies d'énergie que les sujets obligés doivent
atteindre, ainsi que le coût de référence en cas de non-atteinte de cet
objectif. Pour 2026, cet objectif s'élève à 9 420 GWh, et le coût de
mise en conformité par défaut a été fixé à plus de 198 000 euros par GWh
manquant.
Face à ce coût, les obligés ont
tout intérêt à acheter des CAE plutôt qu'à contribuer directement au FNEE : la
réglementation les autorise à couvrir jusqu'à 92 % de leur obligation
grâce à des certificats achetés sur le marché, un taux qui pourrait grimper
vers 95 % d'ici 2028 selon les projections indicatives du ministère (non
contraignantes à ce stade). Cette mécanique crée une demande structurelle
pour les CAE, et donc une opportunité de valorisation financière pour toute
entité ayant investi dans l'efficacité énergétique.
Voici les chiffres clés du
dispositif à retenir pour 2026 :
|
Indicateur |
Valeur
2026 |
|
Entrée en vigueur du dispositif |
26 janvier 2023 |
|
Fiches standardisées au catalogue |
114 fiches sectorielles |
|
Objectif national d'économies d'énergie |
9 420 GWh (soit 810 ktep) |
|
Coût de référence FNEE |
198 624 € / GWh manquant |
|
Part maximale couverte par des CAE |
92 % (8 % minimum via contribution directe au FNEE) |
|
Projection indicative pour 2028 |
95 % (non contraignante) |
|
Délai moyen de paiement après validation |
~8 semaines |
Sources : Orden
TED/133/2026 (BOE-A-2026-4522), MITECO, Sistema CAE by Efimerit.
Comment obtenir et valoriser un CAE ? Critères
d'éligibilité et démarches
Les critères d'éligibilité à connaître
Avant de se lancer, il est
indispensable de vérifier que le projet remplit les conditions fixées par le
ministère espagnol de la Transition écologique.
●
L'action doit avoir démarré après le 26 janvier 2023,
date d'entrée en vigueur du dispositif.
●
Le projet doit figurer dans le catalogue des 114
fiches standardisées, ou faire l'objet d'un projet singulier évalué
au cas par cas.
●
L'économie d'énergie doit être mesurable et comparée à
une situation de référence (la consommation avant travaux).
●
Le dossier doit être validé par un vérificateur
accrédité ENAC avant toute demande d'émission.
Le catalogue standardisé couvre
principalement quatre secteurs : tertiaire, industrie, résidentiel et
transport. Exemple de fiche : IND020 --- remplacement du fluide
frigorigène dans une installation frigorifique du secteur industriel, une
opération standardisée fréquemment mobilisée pour générer des CAE.
Les étapes de la démarche, du diagnostic à la
vente
La procédure suit un cheminement
précis, généralement étalé sur plusieurs semaines à quelques mois.
●
Réaliser un diagnostic technique documentant la
consommation avant et après travaux.
●
Faire calculer l'économie générée par un professionnel
qualifié, en kWh par an.
●
Faire valider ce calcul par un organisme
vérificateur indépendant.
●
Signer un contrat de cession avec un sujet
obligé ou délégué, le prix n'étant pas fixé par la réglementation mais négocié
librement entre les parties.
●
Déposer le dossier auprès de l'administration de la
communauté autonome concernée, avant enregistrement au registre national.
●
Percevoir le paiement, généralement dans un délai de huit
semaines après validation définitive.
Les pièges à éviter
Plusieurs erreurs reviennent
fréquemment et peuvent faire échouer une demande, entraînant une perte de temps
et de revenus potentiels.
●
Démarrer les travaux avant la date d'éligibilité
du 26 janvier 2023.
●
Négliger la mémoire technique documentant
précisément la consommation de référence.
●
Sous-estimer les variables de correction
(climat, usage réel du bâtiment) dans le calcul de la ligne de base.
●
Omettre la traçabilité économique du projet,
pourtant exigée lors de la vérification.
Étude de cas : l'exemple chiffré d'une chaîne
hôtelière espagnole
Prenons l'exemple fictif d'une
chaîne hôtelière de trois établissements installée sur la Costa Blanca, qui
décide de remplacer l'ensemble de son éclairage par des LED et de moderniser sa
climatisation. Le diagnostic initial évalue l'économie générée à 420 000 kWh
par an, une fois la situation de référence établie et validée par le
vérificateur accrédité.
Ce volume équivaut donc à 420
000 CAE. En retenant une hypothèse de valorisation de marché de 0,03
euro par certificat — un ordre de grandeur cohérent avec les échanges
bilatéraux observés sur ce jeune marché —, la chaîne hôtelière peut espérer
percevoir environ 12 600 euros en cédant ses certificats à un sujet
obligé, en complément des économies directes réalisées sur sa facture
énergétique. Un revenu non négligeable pour amortir l'investissement initial,
obtenu sans capital supplémentaire ni démarche administrative disproportionnée
une fois le dossier correctement monté.
Ce qu'il faut retenir avant de se lancer
Le système des CAE espagnols
ouvre une fenêtre d'opportunité réelle pour toutes les entreprises,
copropriétés et exploitations ayant engagé ou envisageant des travaux
d'efficacité énergétique depuis 2023. Avec un objectif national en forte hausse
et une part de couverture par certificats plafonnée à 92 % en 2026 mais appelée
à croître, la demande pour ces certificats ne devrait pas faiblir dans les
prochaines années.
Les acteurs déjà familiers du marché français desprimes CEE y retrouveront une logique proche, avec une administration différente et un cadre réglementaire encore jeune, donc en évolution rapide. À l'approche des prochains arrêtés annuels fixant les objectifs 2027 puis 2028, mieux vaut anticiper dès maintenant : documenter ses travaux, se rapprocher d'un vérificateur accrédité et sécuriser un accord de cession avant que la concurrence sur ce marché ne s'intensifie.